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Gaston Bachelard, La psychanalyse du feu

« J’aimerais mieux, je crois, manquer une leçon de philosophie que manquer mon feu du matin. »

Bachelard, G., La psychanalyse du feu, folio essais, Gallimard, p. 25

« Les axes de la poésie et de la science sont d’abord inverses. Tout ce que peut espérer la philosophie, c’est de rendre la poésie et la science complémentaires, de les unir comme deux contraires bien faits. Il faut donc opposer à l’esprit poétique expansif, l’esprit scientifique taciturne pour lequel l’antipathie préalable est une saine précaution. » (Bachelard, G., La psychanalyse du feu, folio essais, Gallimard, p. 12)

Bachelard est d’abord employé des postes, puis devient professeur de physique et de chimie, avant de se tourner vers la philosophie. Son parcours professionnel se reflète dans ses ouvrages, où il est question avant tout d’épistémologie et de science : Bachelard forge le concept d’ « obstacle épistémologique », obstacles qui sont à dépasser pour développer la science. Ces obstacles sont souvent des images, des métaphores, qui nous viennent du sens commun, et qu’il faut dépasser pour arriver à une connaissance théorique.

Dans La psychanalyse du feu – et on retrouve ici l’intérêt de Bachelard pour les sciences – il est question justement de l’imaginaire, des métaphores, des rêves et des songes. Le texte se présente comme une analyse d’un phénomène particulier, à savoir le feu, et ce phénomène naturel devient pour Bachelard l’occasion de s’interroger sur le penseur, sur l’homme pensif. En effet, par l’analyse de « l’homme pensif à son foyer, dans la solitude, quand le feu est brillant, comme une conscience de la solitude » (p. 14), Bachelard en vient à parler de l’imaginaire, de cet état d’esprit où l’on se trouve à demi éveillé, où l’esprit divague et où les pensées s’enchaînent, sans pourtant former de théorie scientifique : « la rêverie travaille en étoile. Elle revient à son centre pour lancer de nouveaux rayons. » (p. 36). Ainsi le penseur laisse-t-il émerger des rêveries de son enfance : Bachelard se souvient de son père qui allumait la cheminée, et cette cheminée mène à une réflexion sur la connaissance du feu. Ce que nous connaissons du feu est, d’abord, l’interdiction sociale : nos parents nous interdisent de le toucher (« si l’enfant approche sa main du feu, son père lui donne un coup de règle sur les doigts. Le feu frappe sans avoir besoin de brûler. » p. 29) et des légendes nous parlent du danger du feu. Pour connaître le feu, l’enfant doit donc désobéir à son père, tout comme Prométhée avait désobéi aux Dieux : le vol du feu était illégal, et pourtant il était nécessaire pour développer la vie humaine (la technique, la survie). De même, et on retrouve ainsi l’idée de départ, transgresser des obstacles ou des normes installées s’avère nécessaire pour progresser dans la pensée. Ainsi, les deux axes de la pensée se rejoignent, et la rêverie devient un moment clé de la pensée.

(article inspiré de: https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/la-vie-revee-de-gaston-bachelard-14-le-feu)

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